D’une ville l’autre. On roule dans le brouillard, dans le pâle soleil de Novembre, serrés dans la Fiat. On passe du Sud au Nord, peu à peu le paysage devient plus gris, il perd de sa brillance, de son éclat vibratoire. Et nous passons par toutes sortes d’états nous-mêmes, improbables envoyés, arpenteurs du Château, fondés d’un pouvoir dont nous ne connaissons pas les limites. Et nous entraînons avec nous, ou peut-être est-ce l’inverse, une petite horde de participants, d’organisateurs, d’intermédiaires qui chantent nos louanges et comptent en silence dans leur tête, derrière les displays brillants de leur téléphone, de leurs berlines belles commes des tombeaux. Nous sommes dans la prise en main, dans la promesse, dans l’élusif et une forme très sophistiquée, très élégante de menace. Envie de revoir les Antonioni. Envie de me reposer mais est-ce seulement possible? Souhaitable? Est-ce que cette sollicitation infinie, ce ‘care’ infini, ces courses en tous sens dans l’énorme machine ne sont pas notre vie finalement. Nous sommes les crétins d’Instagram, des marchands, des influences dangereuses. Nous ne comprenons plus rien, parfait candides qui glissons sur un reflet d’orgueil. Venise a des airs de ville contaminée, elle cache ses recoins sombres dans la lagune, le brouillard, la solitude, la légende fuyante et cette sorte d’arnaque, de décor de théâtre mouvant qui s’amuse à nous perdre la nuit. La Fenice. Des théâtres déserts envahis par un brouillard invisible. Des employés de palaces décatis qui murmurent comme des croque-mort. Partir. Reconfigurer encore les éléments pour essayer de se sentir mieux, peut-être.
Venise
Publié par jeanphilippedore
Architecte, bloggeur, conseiller, auteur Voir tous les articles par jeanphilippedore
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