La cruauté du jeu, c’est d’être obligé de ravaler nos anciennes résolutions, nos anciennes illusions, nos anciens enthousiasmes. Il y a quelque chose de moisi dans notre condition, aussi la tentation d’arrêter de faire quoi que ce soit pour maîtriser son destin est grande. Le courant est fort, et les fétus bien légers. Mais il reste notre état d’animaux de trait, chameau ou poney peut importe, la résistance de notre frêle moteur interne est immarcescible, nous poussons, nous tirons et jamais ne calons à travers l’infini vallonnement des collines grises. En nous les ‘chevaux d’angoisse’ bien sûr qui nous hantent dans toutes nos imperfections, mais il existe bien aussi une valeur de service, d’utilité, une force à mesurer en chevaux-vapeur ou en poney-vapeur ou en chameau-vapeur. Une forme de puissance, oui. Sommes-nous ennuyeux? Tout à fait. Sommes-nous le résultat de générations et de générations d’élevage et de dressage? Oui. Sommes-nous le produit compressé issu de tonnes de pression sociale? Aussi. Mais pas que cela. Au sein même de notre ponytude siège une forme de révolte secrète, d’énergie nucléaire qui nous fait traverser le chaotique paysage comme une route, comme un train, comme un torrent qui dévale son lit. Nous sommes des animaux extraordinairement obstinés et nous avons lu Rimbaud et Hölderlin. A suivre…
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photo gm