Im lauf der zeit (Ich bin meine Geschichte)

Wim Wenders 1976

L’extase primale, celle dont on ne se remet pas vraiment, c’est la photographie. Ici c’est Wenders lui-même, avec Robby Müller (aussi Paris Texas, Dead Man et Ghost Dog de Jarmush). Ça m’a fait le même effet que Persona de Bergman (Sven Nykvist photographie, aussi sur le Sacrifice de Tarkovsky). Apprentissage du profane que je suis, donc : on cherche à comprendre, alors qu’on éprouve encore, alors qu’on est impressionné, littéralement, pas l’image du film et tout ce qu’elle déclenche en soi.

Musique lente, paysage lent, errance sur fond de gris lumineux, le noir et blanc est encore plus beau que dans Alice in den Städten. Le film s’étire, l’été, le long de la frontière de la RDA d’alors, entre Lünebug (Basse-Saxe) et Hof (Bavière). Entre deux nulle part, ‘west of no east’. La photo est telle que tout est émouvant, le grain de bardeaux de bois sur un mur, des bateaux en papier qui flottent sur l’eau noire d’une rivière, et les paysages, bien sûr, qui s’ouvrent métaphoriquement sur l’Est qui devient un Ouest bizarre, un horizon, une ambition, une recherche. Ils ouvrent sur une errance magnifique, Rimbaud, Kerouac. L’existence pure, sauvage, fragile, traversée par toutes les émotions en même temps qu’une puissance tranquille, du voyage. Mieux, du mouvement, du vecteur qui est la pure force de l’âme nourrie par la substance même du monde.

Im Lauf der Zeit. C’est la même chose que ça ( Rimbaud Mars 1870) :

Je ne parlerai pas, je ne penserai rien :
Mais l’amour infini me montera dans l’âme,
Et j’irai loin, bien loin, comme un bohémien,
Par la Nature, – heureux comme avec une femme.

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