Sans titre

Au sein même de mon savoir-faire, de l’activité ou de l’industrie que je déploie, à la naissance même du mouvement qu’est la ‘relation’, il y a un vide, une absence. La relation, c’est le château de cartes par excellence, qui ne tient sur rien si ce n’est une promesse, un élan, un fluide qui spontanément circule. Du différentiel entre deux ou plusieurs individus — et conséquemment des similitudes entre eux — naît une valeur qui s’extrait du néant, de l’apparente uniformité des hommes. La relation c’est un emprunt, un crédit, une valeur née de ce différentiel et de ce mouvement. Elle ne repose sur rien, si ce n’est un présupposé, une atmosphère, une convention de sympathie tout à fait arbitraire, spontanée et gratuite. Comme le langage, comme la valeur économique dont parle Foucault, comme la science même, elle repose sur des signes. Des signes d’antipathie ou de sympathie, des signes qui marquent imperceptiblement les analogies, les similitudes, les convéniences ou encore les différences, les oppositions, les incompatibilités. Ces signes, nous ne sommes pas vraiment conscients de les produire ni de les recevoir, pourtant constamment nous le faisons, constamment nous sommes dans ce change et cet échange et c’est en cela que la relation est une économie. L’art de la relation, c’est donc un commerce avec les hommes. Et aussi un art de la traduction puisque valeurs d’envoi et de réception ne sont pas exactement similaires, puisqu’elles sont soumises à des différentiels ou des divergences, à des malentendus ou des quiproquo qui justement, alimentent le négoce, créent des sens de circulation, des attractions et des répulsions. La relation naissante — l’amour naissant en un certain sens — s’extasie de ces menues différences, de ces similitudes inattendues dans la mesure où elles révèlent l’identité et la nature des termes de l’échange, des négociateurs, des amoureux. Ce que l’on mise dans l’échange, c’est la possibilité de se connaître. Ce qui attire irrésistiblement chez l’autre, c’est le reflet de soi qu’on y voit. Ce qui crée cette dynamique, ce fluide, ce lien (bond), c’est le différentiel, ce déséquilibre, ce penchant vers l’autre, en soi un risque de détruire la perfection de la psyché, de la monade, pour trouver soi justement, pour trouver un indice ou une confirmation, un encouragement, une valudation de soi. C’est ce micro-passage-là, au-dessus des gouffres, vers l’autre, ultimement vers soi (ce qui constitue la récompense), c’est cette dynamique-là qui est à la base de la relation. Les aventuriers de la relation font penser à ces commerçants voyageurs qui risquent leur cargaison et leur vie par delà les mers, les déserts, les montagnes. Revenus, s’ils reviennent, ils sont la puissance, ils sont eux-mêmes. Il ont ce pouvoir.

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