Dimanche soir. Le énième dimanche soir. La continuation d’une suite multi-millénaire de dimanches soirs. Une trajectoire, si l’on veut. Maintenant, c’est encore autre chose qui s’accomplit. On boit des verres en terrasse. On admire le pâle soleil couchant au-dessus des immeubles, depuis le petit temple de Sybille en haut du parc. On marche dans le calme silence du dimanche soir, observés par des citoyens à leur balcon. C’est tout à fait le dimanche soir de L’étranger de Camus. Une sorte de mécanique humaine, de ballet social, de ballet cosmique aussi. Mais ce soir il manque quelque chose. Les rituels rassurants sonnent creux. Les gestes tournent à vide. On a l’impression que les gens n’y croient pas, qu’ils les accomplissent mécaniquement, ces rituels. Ils miment le dimanche soir, ils le jouent — ils l’interprètent sans zèle. Ils sont des hommes feints dans une scène feinte. Quelque chose a déserté le plateau, il règne une atmosphère de vacances frelatées, de demi-deuil, de fausse insouciance. Pour faire un vrai dimanche soir, il faut la peur du lundi, il faut se bander inconsciemment en prévision du sursaut d’activité, de performance. Contre le combat. Or, de combat, point. Tout est annulé, reporté, décalé, anesthésié. L’humanité ne sait pas où elle va. Elle ne s’est pas remise de la démonstration de son inutilité et de sa vacuité. Elle erre, elle songe, elle vague. Nous cherchons le dimanche soir, nous cherchons le sens du dimanche soir comme le ‘Dichter’ cherche la Potsdamer Platz. ‘Ich kann den Potsdamer Platz nicht finden…’
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Publié par jeanphilippedore
Architecte, bloggeur, conseiller, auteur Voir tous les articles par jeanphilippedore
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