Sans titre

10h

Bizarrement, le premier jour du reste de la vie est un lundi. On ne sait si c’est rassurant ou décevant. ‘On ne sait’ est désormais notre préfixe perpétuel, notre mantra, que nous portons, livide, au-devant de nous comme nos masques. Une sorte de mufle, ou de groin, ou encore une étiquette béante, un libelle sans slogan. Feuilles blanches, points d’interrogations. Suspens. Dieux et mortels, questions et réponses, promesses et aigreurs se toisent de travers sous le ciel gris.

15h

Nous avons appris beaucoup de choses. Nous avons appris à nous mâcher nous-mêmes et à nous ruminer, comme dirait Nietzsche. Nous avons appris à ravaler nos grandes intentions, à différer nos grands soirs — nous avons appris à nous voir ce qui ne nous était jamais arrivé avant. Nous avons jeté un coup d’oeil aigu sur les mécanismes qui nous animent, nous avons appris à nous méfier des règlements, des gouvernements intérieurs et extérieurs.

***

Il y a un tristesse dans l’air, une tristesse nouvelle, une tristesse échue. Quelles que soient nos révolutions et nos ruptures, nous serons toujours promis, de loin en loin, à ces jours blancs, sans saveur et sans prise.

18h00

Après un journée de vents violents et de feuilles vertes déchiquetées, des rayons de soleil attardés viennent se glisser dans le bureau désert où je découpe les plans géants de la maison géante. Impression d’être un fétu pervers, balloté certes — mais fort capable de créer ses propres tourbillons. Ses propres attractions aussi.

22h00

Foucault. Les mots et les choses. Le phare et la nuit tout en même temps.

Laisser un commentaire