New order, 2

Serrés dans le carré, ou dans la cambuse, ou dans la soute, avec les clandestins et les rats, ou dans la salle des machines dont le système d’alarme s’est tu, vautrés sur le sol de la passerelle de commandement, ou bien encore, enchaînés aux fers, épointés jusqu’à la hune, stockés dans nos conapts, fourrés dans les locaux techniques en essayant de nous rappeler si c’est le câble vert ou bleu qu’il faut couper, ou dans le local radio à pianoter des SOS… bref, partout où nous sommes, nous recalculons fébrilement la route. Nous recalculons la route, le cap, la trajectoire autrement destinée au mur, à l’astéroïde, à la destruction, à l’extinction. Il faut infléchir, courber, orber la route de notre devenir — avec quelle énergie, grands Dieux? Il faut recalculer, refaire les lignes de code de notre futurition. Il faut refaire tourner les modèles, avec des experts d’abord confiants puis perdant progressivement de leur superbe alors que nous approchons du soleil, de la fusion, du démembrement. Il nous faut choisir avec discernement nos gourous et nos croyances pour être sûrs qu’ils nous conduiront à bon port. Il nous faut croire, ce dont nous n’avions plus guère l’habitude, branchés que nous étions sur pilote automatique. Croire en nous-mêmes, croire en l’homme. O suprême ironie, c’est nous qui sommes viraux, c’est nous qui nous répandons partout comme un mycélium maléfique. Il faut nous instrumenter vers une autre fin, réécrire le scénario, reprogrammer, reprogrammer inlassablement. Il nous faut guetter au loin, dans l’azur, l’alcyon de notre renaissance.

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