Sans titre

Nous pourrions tout aussi bien être occupés à réécrire les droits de l’homme et du citoyen, ou à refonder le contrat social, ou toute autre activité grandiose. Tout le monde s’en fout. Le monde s’en fout. Les corbeaux croassent et les grenouilles coassent, et, la nuit Sirius et Vénus me narguent de leurs rayons alors que je tourne et retourne sur mon oreiller. C’est le côté vexant de la situation : notre foncière inutilité. Nous sommes ramenés à notre fondamental néant, que nous avions fini par oublier à force de bruit et de fureur. Le fantastique emprunt de sens, qui étayait, justifiait notre présence au monde, s’effondre, c’est le krach. Il reste une humanité en roue libre, espèce animale qu’il faut divertir et nourrir à toute force, gaver de lipides et d’électrons. Cela secouerait les humanistes les plus enragés. C’est peut-être après ça que courent les joggers du soir, les joggers légaux. Perpétuel déséquilibre, perpétuelle fuite en avant qui s’auto-alimente comme un moteur fou. Le Covid montre notre prolifération et notre emprise, délirantes à tous égards, sur le monde. Il va falloir nous inventer d’autres dieux, nous tracer d’autres caps. Il va falloir, comme fait dire Yourcenar à l’empereur Hadrien, nous instrumenter vers d’autres fins.

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