Sans titre

L’air est absolument cristallin. Une sorte d’éther. Les HLM de la place des Fêtes gisent dans le ciel comme des icebergs translucides, bleutés, de l’air gelé. La Mouzzaïa s’étend comme une structure mystérieuse, un monde secret dans une autre dimension, un décor de Miyazaki. Les plantes vertes grandissent dans leur pot, les marchandises attendent devant les magasins fermés, dans leur carton, sur leur palette, sous leur plastique. En silence, en silence, en silence. La Marianne moissonneuse de la place du Danube ressemble à une pompéïenne figée dans la cendre du volcan. Le printemps déroule bien son cycle, le programme s’accomplit, mais nous, non. Nous ne déroulons plus. Toutes sortes d’intentionnalités flottantes s’épuisent pour rien, signifient dans le vide, irradiées par un soleil inhumain, indifférent. Des affichettes. Des banderoles aux balcons, déjà délavées, soutiennent le personnel hospitalier et souhaitent que l’argent qui est là soit plutôt ici. Des affiches électorales qui semblent du siècle dernier promettent des choses avec des sourires faux. Tout cela est formidablement sans objet. Le sens se dilapide, se disperse, se vaporise dans l’éther ouaté. Il coule comme un sang incolore. La ville est un gigantesque navire en panne dans une mer d’huile. On entend des craquements dans le silence, des grincements signes d’une usure insidieuse, les grignotements d’un rat occasionnel dans la soute. Le vent n’est plus qu’un souvenir.

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