L’air est de plus en plus transparent, ce que certifie Airparif. Et nous aussi, recroquevillés que nous sommes, confinés, logés, rangés comme des accessoires inutiles dans une réserve. L’air est de plus en plus froid aussi, et nous cherchons le sens de tout cela comme Swann cherchait Odette en parcourant Paris dans sa victoria. Printemps glacial… Les ombres portées des immeubles sur le bitume sont de plus en plus nettes, ces immeubles qui acquièrent une autorité de falaises, de canyons, de concrétions géologiques immémoriales. De nous débarrassées, en quelque sorte. Les rares piétons rasent les murs, se voûtent, deviennent transparents et flous et leur démarche n’occupe plus du tout l’espace en propriétaire. Ces falaises sont remplies de gens qu’on ne voit plus, et qui se demandent s’ils existent encore. On voudrait exister pour les autres, en obédients petits lemmings, et voilà qu’il faut exister en mode autonome, en conserve, en réserve. Notre monde bruyant et tout rempli de vraies-fausses intentionnalités à notre égard, nous est dénié. Il nous faut fonctionner sans téléphone qui sonne, sans pétrolettes qui pétaradent, sans klaxon et sans… occupation. Nous sommes condamnés à la vacance, à la béance existentielle. A quoi servons-nous, au fait ? Notre monde, là, sous nos fenêtres, se détache gentiment et part dérive comme un inlandsis, débarrassé de notre décorum, de nos us et coutumes, de notre fatras, de notre comédie et de notre bruit. C’est très troublant, encore que très beau.
Par la fenêtre, 2
Publié par jeanphilippedore
Architecte, bloggeur, conseiller, auteur Voir tous les articles par jeanphilippedore
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