Sans titre

C’est assez drôle. C’est quand même un dimanche soir. Est-ce parce qu’on voudrait que ce soit un dimanche soir, ou parce que ce calme-là — pris dans un océan de calme toxique mais néanmoins –, cette lumière-là et ces silhouettes qui cheminent lentement le long des grilles sont, expriment, intrinsèquement le dimanche soir. Des messieurs sautent à la corde à côté de la bouche de métro et on entend le schlip, schlip, schlip de leurs cordes qui sifflent comme des fouets. Une jeune fille à roller amorce un tournant et on entend distinctement la gomme du frein qui érafle le bitume : un son timide, presque implorant. On entend le chuintement léger des Nike des nouveaux messagers d’Hermès, infatigables, abstraits, furtifs. On entend toute la conversation d’une dame qui semble parler fort, dans son téléphone, pour de rassurer – ou bien est-ce que les immeubles du carrefour, dans une toute autre présence que d’habitude, amplifient le son comme des enceintes, on sent tout l’effort de la ville pour constituer un décor alternatif, un fond, un chœur. On entend presque les pensées inquiètes des gens qui cheminent la tête basse. Une voix murmurée, le dialogue entre deux amants là-bas, très loin dans la rue me parvient avec une netteté extraordinaire, bouleversante. Le pâle soleil descend et dans le crépuscule qui monte on voit, dans les appartements, une à une les lampes qui s’allument, les écrans bleus qui scintillent, les gens qui tournent autour de leurs tables ou de leurs canapés, les gestes et les rayons de ce qui veut, encore et malgré tout, être un dimanche soir.

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