Theresa is lost – but ain’t we all?

Brexit, derniers rounds. De ça non plus, on n’est pas très sûr. ‘On’ n’est plus sûr de rien. On fonce vers le cliff-edge, vers l’anéantissement, vers l’accomplissement de quelque chose, nul ne sait quoi. Tels des Ponce Pilate mi-navrés, mi-goguenards, les 27 ont fixé un nouvel échéancier : 12 Avril si c’est non (auquel cas, tout recommence ou tout finit, c’est selon) ; ou bien 22 Mai si c’est oui, c’est-à-dire, dans l’improbable cas ou le Parlement ratifie le fameux ‘deal’ de Theresa May. Dans une remarquable démonstration d’irrationalité, les dires et les actions, la politique et ses supposées conséquences ont cessé tout rapport logique : des gens disent des choses, et d’autres choses se passent, mais il n’y plus de rapport. No fucking clue, disent-ils. Ce n’est pas qu’on ait basculé dans l’irrationnel, c’est qu’on y était depuis le début : l’UE, ou la Chine qui supplieraient à genoux pour obtenir un accord de commerce, les 300 millions par semaine gagnés sur l’Europe, les méchants migrants arrêtés aux portes du Royaume, la grandeur retrouvée et autres fadaises. Reprendre le contrôle, qu’ils disaient.

Aujourd’hui, tout le monde accable May, ce qui n’est pas difficile. Sa rigidité. Sa surdité. Son manque d’empathie. Son manque de talent politique. Plus grave : son manque de ruse, de malignité, de subtilité, de feeling. Son obstination pathologique contre toute logique. Etc, etc. On ressort le père pasteur, la rigidité protestante, l’absence d’enfants, l’absence de pathos. On moque cruellement ‘Maybot’ ou encore ‘Lino’.

On pourrait aussi se dire qu’il faut un sacré soldat pour diriger une action à la fois cruciale et foncièrement, structurellement impossible. Le Brexit, c’est le dragon parfait, le golem ultime issu de la psyché profonde d’un peuple : importantissime et impossiblissime, voilà le couple infernal du moteur qui tourne, qui tourne. Et on y engloutit des tonnes de courage britannique, de cruauté thatcherienne, de tourments et de plaisirs coupables. May, soldat qui n’est plus qu’armure vide, canard sans tête, qui s’entête à en perdre sa voix, accuse les députés, accuse le peuple, le Labour, l’Europe, jamais elle-même. Incarnation de la volonté, fut-elle stupide, jamais elle ne plie. Il y a quelque chose de médiéval et effectivement robotique chez elle. L’indéfectible force lancée contre le mur de l’impossible Brexit. Qui va cligner des yeux le premier?

C’est peut-être qu’on ne peut pas être une idée, ou un peuple, encore moins un pays. C’est trop abstrait, et surtout trop peu humain. Le moindre adolescent sait qu’on gagne à sourire, à reconnaître ses erreurs, à mettre en scène un minimum sa faillible humanité. Les précédents historiques d’inflexibilité ne font pas envie. Je ne sais pas s’il faut en blâmer Martin Luther, l’anglicanisme, ou une dame qui s’obstine à agir avec la stupidité des hommes.

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