Géographie impossible

Notre problème est que pour jouir du monde il nous faut en construire un autre par-dessus: un monde de représentations et de concepts, un monde d’imaginaire et de constructions. Nous n’avons pas le monde, nous avons les perceptions et la conscience, l’intelligence et la culture, à la place. Nous n’avons pas la caverne, nous avons le reflet – ou le concept, ou le mot, ou le fantasme. Ce que nous avons, ça oui, c’est l’inquiétude que tout cela n’ait rien à voir avec nous, que nous ne servions à rien: aussi prenons-nous soin de projeter notre image partout. Nous sommes comme ces géographes de l’Empire dans la nouvelle de Borges (Aleph) qui s’épuisent à dresser une carte à l’échelle 1 recouvrant tout le territoire, et de fait, le modifient. L’entreprise est absurde. Nous aussi, nous nous étalons tellement, nous nous projettons tellement que nous avons oublié qu’il existait un monde, par-dessous. Mais, autant que la carte tue l’empire, la représentation aussi impérieuse tue son modèle. Peut-être que la première écologie ne consiste pas à faire tout ce que nous faisions auparavant, différemment, plus parcimonieusement. Non, peut-être que la première écologie consiste à prendre conscience qu’il existe un ici et un maintenant, qu’il existe aussi un monde en-dehors de notre encombrante psyché. Yoga…

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