Notre désir, II

Carolin Emcke, 2013

‘Ce qui nous appartient en propre commence par un Non.

Par un refus, le sentiment de vouloir autre chose que ce qui est communément voulu. Ce malaise face à ce qu’on attend de nous peut être vague, juste une intuition, il n’est pas besoin d’imaginer ce que pourrait être l’alternative, il suffit de savoir ce qui est pour soi inenvisageable. Mais au travers de ce premier Non, c’est notre être propre qui se cristallise. C’est en cet instant où une chose n’est plus perçue comme naturelle et allant de soi, où une certitude devient subitement incertaine, où l’évidence devient équivoque, c’est dans cette faille que survient le Moi.’

Notre désir, I

Carolin Emcke, 2013

‘Ainsi nous glissons-nous dans les normes comme dans des vêtements, parce qu’elles sont déjà là, prêtes à être enfilées, parce qu’on nous force à y rentrer la tête, parce qu’elles s’adaptent à nous, où au contraire parce que nous nous adaptons à elles sans même le remarquer. C’est seulement quand on ne correspond pas à une norme qu’on peut la reconnaître comme telle, quand on ne peut s’y glisser, que ça nous plaise ou non.’

‘On peut se permettre de douter de l’existence des normes dès lors qu’on y correspond.’