J’ai vu l’arrivée des hordes hitlériennes à Vienne. J’ai vu les agents de la Gestapo dans la vieille maison de la Berggasse. J’ai vu comment l’Institut et le département d’édition psychanalytique ont été fermés et comment les livres, les beaux livres, qui les peuplaient, ont été jetés au pilon. J’ai même vu Freud partir en exil avec sa famille, dans sa quatre-vingt deuxième année, vers la libre Angleterre et il mourut à peine une année plus tard, finalement vaincu par l’atroce maladie qu’il avait supportée avec une héroïque résignation. En de telles heures, alors que le monde est soumis à une épreuve de force, il est consolant de pouvoir diriger ses pensées vers le grand exemple d’une telle vie… La pensée s’élève au-dessus des conflits humains et les dépasse comme les sommets enneigés dominent parfois la zone tourmentée des nuages. Le vent chasse les nuages, les sommets restent.