GS, #365

L’ermite parle encore une fois

‘— Nous aussi nous fréquentons des ‘personnes’, nous aussi nous revêtons modestement le vêtement sous lequel (et comme quoi) on nous connaît, estime, recherche, et ainsi vêtus nous nous rendons en société, c’est-à-dire parmi des travestis qui ne veulent qu’on les dise tels : nous aussi nous agissons en masques avisés et coupons court joliment à toute curiosité qui ne se bornerait pas à notre ‘travestissement. (…)’

GS, #29

Mensonges rétroactifs

‘— Lorsqu’on commença en France à combattre les trois unités d’Aristote et par conséquent aussi à les défendre, il fut de nouveau possible de voir ce que l’on peut voir si souvent, mais qu’on ne peut voir qu’avec déplaisir : — on inventa des raisons pour lesquelles pareilles lois devaient subsister, simplement pour ne pas reconnaître que l’on s’était habitué à leur contrainte et qu’on ne voulait plus les changer. Et c’est de même façon que l’on agit à l’intérieur de toute morale et de toute religion régnantes, et cela depuis toujours : les raisons et les intentions qui seraient derrière une habitude, ne lui sont plus attribuées que par un mensonge rétroactif, à partir du jour où quelques-uns commencent à contester une habitude et s’interrogent sur ses intentions et ses raisons. Ce en quoi consiste la grande improbité des conservateurs de tous les temps : ce sont des menteurs rétroactifs.’

… et des freineurs des quatre fers, et des regretteurs du temps.

GS, #338

La volonté de souffrance et les compatissants

‘Oui… notre ‘propre voie’ est en effet une cause trop dure et exigeante, et trop éloignée de l’amour et de la reconnaissance d’autrui, — nous ne nous en évadons pas sans quelque soulagement, ainsi que notre conscience la plus personnelle, et cherchons refuge auprès de la conscience des autres… [Oui, ce que nous cherchons, c’est] — la permission d’éluder notre propre but… Et, s’il s’agit de taire certaines choses, je ne tairai pourtant pas ma propre morale, qui me dit : vis caché, afin que tu puisses vivre pour toi!’

(Lebe im Verborgenen, damit du dir leben kannst!)

GS, #284

La foi en soi-même

‘— Peu de personnes au demeurant ont la foi en eux-mêmes : — et parmi ce petit nombre, les uns la reçoivent de façon innée comme une cécité utile ou un partiel obscurcissement de leur esprit — (que ne verraient-ils s’ils pouvaient voir au fond d’eux-mêmes!), les autres la doivent acquérir d’abord : tout ce qu’ils font de bien, de valable, de grand, sert premièrement comme argument contre le sceptique logé en eux : il s’agit de convaincre celui-ci, ou de le persuader, et pour cela il faut presque du génie. Ce sont les grands insatisfaits d’eux-mêmes.’

Sceptique? Je dirais plutôt, incrédule.

Le gai savoir, 52

Ce que d’autres savent de nous

‘— Ce que nous savons de nous-mêmes et gardons dans la mémoire, n’est point si décisif que l’on croit pour le bonheur de notre vie. Le jour vient où ce que d’autres savent de nous (ou prétendent savoir) nous tombe sur le dos, — et dès lors nous reconnaissons que c’est là l’élément qui l’emporte. On vient plus facilement à bout de sa mauvaise conscience que de sa mauvaise réputation.’

Die fröhliche Wissenschaft, 23

De la corruption

‘- Les époques de corruption sont de celles où les fruits tombent de l’arbre : j’entends les individus, les porteurs de graine de l’avenir, les instigateurs de la colonisation spirituelle et de la formation de nouveaux organes de l’état et de la société. Le mot corruption n’est qu’un terme de mépris pour les automnes d’un peuple.’

Nietzsche, Aurore, I, 9

Voici déjà, par exemple, la proposition principale : la moralité n’est pas autre chose (donc, avant tout, pas plus) que l’obéissance aux mœurs, quel que soit le genre de celles-ci ; mais les mœurs, c’est la façon traditionnelle d’agir et d’évoluer. Partout où les coutumes ne commandent pas il n’y a pas de moralité ; et moins l’existence est déterminée par les coutumes, moins est grand le cercle de la moralité. L’homme libre est immoral, puisque, en toutes choses, il veut dépendre de lui-même et non d’un usage établi : dans tous les états primitifs de l’humanité « mal » est équivalent d’«  intellectuel », de « libre », d’« arbitraire », d’« inaccoutumé », d’« imprévu », d’« incalculable ».

William Carlos Williams, Spring and all, 1923

‘Writing is not a searching about in the daily experience for apt similes and pretty thoughts and images… It is not a conscious recording of the day’s experiences ‘freshly and with the appearance of reality’… The writer of imagination would find himself released from observing things for the purpose of writing them down later. He would be there to enjoy, to taste, to engage the free world, not a world which he carries like a bag of food, always fearful lest he drop something or someone get more than he.’