Balles de foin qui flottent dans les champs inondés, répétition infinie des bouleaux dans la vapeur du paysage toujours oblique, toujours pâle et sujet à d’infimes variations, que peu-à-peu on apprend à déceler. Il en est de même pour les musiques répétitives que l’on écoute dans la voiture, et de nos silences aussi. Nous devenons experts en nuances, nous guettons la moindre ride sur la Borealis Planitia, le moindre rayon, synonyme de watts pour nos systèmes solaires. Et pour la première fois ce soir, alors que glissait dans le ciel une lueur de mercure doré, à force de scruter la frondaison vert sombre de la forêt, j’ai vu un chevreuil sortir, faire quelques pas vers moi, avant de se rengouffrer dans le noir.