Six heures du soir

Soleil voilé à la Turner. Nappe de brume bleue et grise dont émergent quelques fulgurances argentées, la pente d’un toit au soleil, le pare-brise d’une voiture qui passe. Dans le parc, ombres violettes, pelouses confidentielles, vols secrets des oiseaux. Et hors du parc, l’habituel manège des confinés, le tour de la prison. Les joggers, dont l’élan hermaïque a été brisé, patientent. Il reste les lents remous de la foule printanière, les filles en débardeurs, les boxeurs qui boxent dans le vide devant des conteneurs de recyclage de verre, les enfants qui bondissent en silence, comme au ralenti, pris eux-aussi par la solennité ouatée de la fin d’après-midi. Il y a cette étrange lumière, ce soleil éclatant qui n’éclaire pas, ce soleil martien, ces ombres intimidantes comme dans les photographies de Gabriel. La lumière du Covid. Longtemps, elle irradiera en nous, nous le savons. Rayon spectral, halo fossile de l’événement qui aura infléchi nos vies. Nous emporterons cette lumière, pour nos vies d’après. Elle irradiera nos vaisseaux, nos colonies, elle baignera nos rêves et accompagnera nos entreprises. Elle baignera nos blonds enfants de l’Après.

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