B, 19

Ecrire, c’est constamment rater sa cible, manquer son objet. Ecrire c’est toujours trop tard, c’est la réaction chimique qui tue l’expérience, c’est la lumière qu’on rallume toujours trop tôt. Quelque chose s’est déclenché dans les bas-fonds, une étincelle, un décalage, un silence annonciateur. Quelque chose s’est modifié, une alarme en atteste, une diode qui s’allume quelque part, un parfum, une pression, un mot aussi bien. Mais le compte-rendu de ce fait – le langage, si vous voulez – écrase et fausse et tue le fait lui-même. Suprême imposture, le compte-rendu se fait passer pour le fait lui-même et assassine le témoin, détruit les preuves. Mais qu’importe, j’insiste et mille autres essais avortés fabriquent la poésie. Cette remontée. Cette fumigation. Ce voyage de particules intangibles. Ces fantômes. Qu’importe, finalement, le clocher de Martinville : c’est le compte-rendu raté de la sensation qui est la littérature.

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