Pour une photographe

Quelque chose a changé. L’inclinaison du soleil sûrement, la Terre qui refroidit, et puis la ville repeuplée qui change complètement d’aspect: elle redevient “pour nous” alors qu’auparavant, dans le fantômatique mois d’août, elle existait pour elle-même, secrètement. Mais il y a encore autre chose. Dans la longue suite d’images brillantes, dans le “stream of consciousness” de la photographe, quelque chose a bougé. Un pixel espiègle qui gambade à l’extrême limite du champ visuel. Un mouvement furtif dans le dos de nos yeux, si l’on peut dire… On se retourne, on revient en arrière, on se frotte les yeux, on s’interroge, on cherche à comprendre. C’est une motion semi-consciente, du monde vers nous ou de nous vers le monde, c’est un furtif déplacement à la lisière du connu et de l’inconnu. C’est une coïncidence étrange, maintes fois renouvelée, entre un état d’esprit intérieur et un état du monde extérieur. Tel un long tentacule perceptif, une traîne photosensible du Moi, la photographie capte des phénomènes invisibles…

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